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Amour = bonheur et souffrance.

Un service des loisirs en CHSLD et en temps de pandémie.


Par Marie Lyne Boucher


Je n’ai jamais autant été certaine de la place que doit occuper le service des loisirs dans un CHSLD qu’aujourd’hui en temps de crise; en temps de confinement. Parce que je n’ai jamais autant ressenti et vu combien un milieu de vie où pratiquement tout est arrêté sauf l’essentiel peut être triste, maussade et plate à en mourir. Parce que je vois des gens décompenser, car confiné dans l’établissement, à leur étage ou à leur chambre comme vous et nous par mesure de prévention ou sécurité pour les autres et sans vraiment comprendre pourquoi à cause de leurs déficits cognitifs. Parce que je vois combien ne pas avoir de stimulation diminue les capacités physiques et cognitives des gens. Parce que je vois les impacts négatifs du fait qu’une personne est pratiquement seulement touchée strictement lorsque nécessaire c’est-à-dire lors d’un soin. Parce que je vois l’impact négatif que ça a de ne plus voir sa famille, ses proches et ses ami-es des autres étages. Le point ironique dans cette histoire c’est que l’ambiance actuelle de nos milieux de vie est maintenant influencée par l'impression que la population a sur les CHSLD. Avant, nous n'étions pas du tout ce que les médias projetaient de notre milieu de travail et maintenant oui. Cette réalité est difficile à prendre. Mais je tiens à dire que malgré tout il y a de la joie, de la solidarité. On fait de notre mieux pour eux, pour vous, pour nous.


En ce moment, je fais juste le nécessaire de façon sécuritaire pour détendre l’atmosphère, désennuyer et donner de l’énergie aux résidents comme aux personnels. Je fais de l’écoute active pour les résidents qui perdent des amis-es, qui ont peur, qui ont besoin de décrocher, qui s'ennuient de leur proche et qui ont besoin de ventiler. J’essaie de trouver des stratégies pour que les gens restent sur leur étage ou dans leur chambre selon leur état et l’état de l’étage. Je fais le plus de vidéoconférences possibles pour permettre aux familles et résidents de se voir et se parler. Nous sommes, encore plus qu’avant, devenus une référence pour les familles. On a un certain privilège de pouvoir être présent lorsqu’ils se parlent. On rit comme on pleure avec eux, on calme, rassure et désamorce dans la limite de ce qu’on peut donner comme information. Parfois on rappelle les familles dont la visioconférence a été un peu plus difficile. Je fais aussi toutes autres tâches connexes qu’il m’est possible de faire pour aider absolument n’importe qui.


Sinon, je ne me suis jamais sentie aussi impuissante face à une situation où mon travail est de faire le nécessaire, l’essentiel… d’être là où il le faut… d’être à un endroit et un peu partout pour tout un chacun. Peu importe ce que je fais, quand je travaille, j’essaie de donner de la joie. Le loisir c’est vraiment devenu notre personne, notre joie et notre sourire caché par un masque, une visière et habillé en jaquette jaune selon l'état de la personne ou de l'étage. Parce que du matériel, on ne peut plus vraiment en utiliser. Vous comprendrez alors que lorsqu’on part de notre travail on est vidé, hypersensible et qu’il est très probable qu’on décompense à notre tour.


Pour contrecarrer, je peux dire que je trouve ça précieux de pouvoir prendre conscience de la pertinence de l’approche milieu de vie, de l’approche holistique et de l’interdisciplinarité qui font en sorte que le résident est pris en charge, stimulé de plusieurs façons dans un 24 heures. Plus personnellement, je me rends vraiment compte que mon service est un service essentiel, qu’il fait la différence à la fois dans l’ambiance générale de la bâtisse, chez les employés, les familles que dans la vie de ceux qui ont aidé à bâtir le Québec qu’ils soient québécois de souche ou de la fesse gauche, immigrante ou réfugiée.


Je n’ai jamais autant ressenti que je devais impérativement prendre soin de ma santé psychologique et physique si je veux être, sur le terrain, un agent multiplicateur de bonheur, de joies partagées. Les photos dans cet article sont prises par moi dans l'un de mes centres et représentent ce que j’ai le plus envie de retrouver dans mon travail soit de pouvoir toucher mes résidents! Avez-vous déjà consolé ou intervenu auprès d'une personne avec déficits cognitifs sans pouvoir la toucher et parfois habillé de la fa¸on la moins sécurisante du monde; en jaquette jaune avec un masque et une visière? C'est épouvantable.



Je l’avoue, je me sens bien imparfaite et je n’arrête pas de sentir que je pourrais en faire plus. On doit conjuguer notre travail avec tellement de variables, de mauvaises nouvelles et s’adapter à des changements quotidiens voir même journaliers. Pas évident, mettons, et en toute honnêteté, parfois je bloque même au travail.


Pour finir, j’avais envie de redire que tous les titres d’emploi sont importants et font la différence chez les gens dont nous avons la charge. En ce moment, oui la crainte, le stress et la peur règnent, mais la joie, l’unité et la solidarité sont encore plus présentes qu’à la normale même si oui certains sont plus "à pic" en ce moment. Chapeau aux gens qui frottent, qui soignent, qui réceptionnent avec le sourire, ceux qui réparent, préparent à manger et les autres professionnels qui s'adaptent et font toutes autres tâches connexes comme nous. J’aimerais aussi remercier les employés-cadres qui ont en ce moment une pression incommensurable sur leurs épaules. Je pense aussi à ceux qui habitent avec une personne qui travaille dans le milieu de la santé. C’est en ce sens que je redis, chaque personne est essentielle dans ce combat. Même vous qui êtes chez vous et surtout vous qui remplissez nos "wall Facebook" de joies, de bonheurs partagés.


Pour ma part, votre joie, votre bonheur partagé est essentiel à ma santé mentale. Continuez. Moi je retourne à mes tâches connexes entre l'amour et la détresse.



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